la famille nombreuse, la télégénie et la réalité

Je te passe les lieux communs sur le manque de temps, tout ça tout ça.

Le froid, les rhumes, les angines, les trucs de l’hiver.

Et je m’en viens te parler d’un petit phénoméne qui me tient à coeur.

 

La famille nombreuse et la télévision.

 

Pas la place de la télévision chez une famille nombreuse hein. Quoi que parfois y a rapport. Enfin souvent même. Mais l’image de la famille nombreuse à la télé. Dans les superbes reportages consacrés à cette race à part qu’est la famille nombreuse. 

 

Cette bande  plus ou moins de fous qui se reproduisent plus que les autres. 

 

Ceux là qui intriguent, interepellent, interrogent, dérangent …

 

Ces couples qui ont décidés (ou pas) d’avoir plus de 2 enfants dans leur foyer.

 

Bon pour la télévision, 3 enfants c’est quedalle, ça vaut jamais un reportage. 4 enfants c’est la misère aussi pour faire un reportage, surtout que maintenant avec les familles recomposées, on arrive rapidement à 4 enfants sous le même toit, soit constamment soit un we sur deux et la moitié des vacances ou plus selon les arrangements familiaux.

A partir de 5, tu peux lever la main pour avoir ton bout de célébrité devant ton caddie de courses plein, ton ticket de caisse de 12km, ton minibus et sans oublier l’indispensable moment de lessive.

 

Mais si tu as « juste » 5 enfants ET que tu n’es pas catholique pratiquant investi dans la paroisse, habitant une maison bourgeoise, avec des enfants dont les prénoms sont composés, ça va pas être possible.

Pareil, si tu n’as pas de soucis de fric, pas mieux si tu te demandes pas comment tu pars en vacances. Ne postule pas non plus à la célébrité si tu es en couple équilibré, si tu manges des céréales au p’tit déj, si chaque gamin à sa chambre et si tes enfants ont des vêtements neufs sur les fesses.

 

La famille nombreuse à  la télé et va savoir pourquoi je regarde régulièrement les reportages, généralement mauvais, est TOUJOURS présentée comme une race à part avec un mode de vie bizarre. Avec un côté tribu seule contre le reste du monde, les parents se plantant dans les prénoms, les gamins habillés tous pareils, se partageant 2 chambres à douze.

Le mini bus 9 places toujours mis en avant, la quantité de nourriture absolument délirante, et ce que ça coûte ! Mon dieu ce que ça coûteeeeeeeeeee !

Et les nouvelles grossesses et toute cette marmaille. Et évidemment ce sont les plus grands qui s’occupent des plus petits. Voire même ce sont les enfants qui font TOUT. Ou inversement, la mère est surinvestie, le père tradi tradi met les pieds sous la table en rentrant.

 

Parfois on croise une famille au fonctionnement classique, avec 6 ou 7 enfants, mais tu peux parier que ceux là sont cathos à mort.

 

J’ai rien contre ! Mais bon sang on va arrêter les clichés maintenant.

 

Certes, je suis p’tite joueuse avec mes 4 louloutes. Mettons qu’on m’en rajoute un 5e. Et non, je n’ai rien contre, oui je m’y verrais, et non ce serait pas pour avoir LE garçon. 

 

Comment ça se passe en vrai la vie d’une famille nombreuse ?

Les courses ??? 150 euros par semaine +/- voilà. A 6 en mangeant tous les repas à la maison, tous les jours, tous les 6. Couches, produits d’entretien, viande, etc etc. Oui tout compris.

Oui on mange des légumes, des bios même, qu’on ne cultive pas. On est adhérent à une assoc qui nous livre un panier de légumes frais et cultivé à quelques km de la maison. 

Oui on mange des produits de marque. Le premier prix chez moi, c’est uniquement pour les produits de base ( sucre et farine en gros). Le reste c’est grande marque et marque magasin, ça dépend de ce qu’on préfére au goût.

Oui on mange aussi de la viande. Et de la viande de qualité. Hors de question que je mette n’importe quoi dans l’assiette de mes enfants TANT que je peux encore le faire. Et en ces temps compliqués, pouvoir se nourrir reléve parfois du défi quotidien pour beaucoup. 

Alors oui on en mange moins, mais ce qu’on mange est bon. 

Ce n’est pas pâtes et patate à tous les repas, mais ça en fait très largement partie. Rapport que les féculents ça a du bon.

Et pour éviter la corvée du remplissage de caddie, je les fais par auchan drive maintenant.

 

Et le linge, comment ça se passe, le linge ??? Comme chez tout le monde ! Je prends mon tas, je trie, je colle dans la machine, un bouchon de lessive et c’est parti. Oui c’est plus que chez beaucoup. On tourne entre 10 et 14 machines par semaine. De 6kgs. Mais elles ne sont pas toutes blindées, rapport que je préfére faire tourner plus souvent que d’avoir un tas de linge immense à me taper. Et je repasse. Parfois j’en ai marre, mais c’est pas le bagne non plus.

 

Et la voiture ??? Faut un mini bus maintenant hein ? 

Non ! Faut savoir aller à l’essentiel et pas déménager sa baraque à chaque sortie. Et plus tu as d’enfants, plus tu vas à l’essentiel, crois moi ! Il a toujours été hors de question pour moi de rouler en mini bus 9 places.  JAMAIS. C’est psychologique. C’est peut être grand et pratique. Mais quand je n’ai pas toute ma tribu je refuse de garder l’image famille nombreuse coller aux fesses. Après quand tu as plus de 5 enfants, soit tu choisis cette option, soit chaque sortie en famille compléte se fait à 2 voitures.

On roule en grand scénic. Et on se charge moins. 

 

Et les chambres ??? C’est un dortoir ?! Forcément c’est un dortoir.

Si tu es lecteur régulier, tu sais que c’est pas un dortoir ici et que chaque enfant à sa chambre et que ça restera comme ça. Le partage des chambres marche très bien et même dans des familles à 2 enfants simplement parce que le rapport surface/loyer est tel qu’on ne peut pas toujours fournir 9/12m2 à chaque enfant de la famille. Et personne n’en meurt. Ni plus ni moins dans les familles nombreuses.

 

Les vacances ? On part. En location, en mobil home, mais on part. 

 

Et en ce qui concerne les vêtements, je garde précieusement tout ce qu’on pu porter mes filles et je ressors très rarement les cartons correspondant aux tailles que les plus jeunes peuvent porter. La dernière ne porte donc pas les jeans elimés passé par 3 ainées. 

 

Alors quoi ? Mais qu’est ce qui différe chez les familles nombreuses ?

 

Mais rien du tout mon pauvre ami. Rien ! Quedalle !

 

Toutes les familles nombreuses ne forment pas une secte bizarre à chanter des cantiques de familles nombreuses autour d’un feu de joie de couches recyclables ! 

 

Les parents se lévent le matin, s’occupent des enfants, gueulent pour le lavage de dents, pestent de ramasser encore et toujours les fringues étalées par  terre ( et pourquoi à 11 ans cette gamine n’a pas encore réussi à trouver le chemin du sac à linge ? Faut flécher le parcours ???) puis ils déposent la marmaille aux points de raliements de marmailles ( école/créche/nounou/garderie )et vont bosser. Et font le chemin inverse le soir et pestent sur les devoirs parce que les tables de multiplication c’est la plaie à faire intégrer ( et quoi ??????? t’as encore le présent à revoir ? Mais t’es bien au CM1 toi ? Chériiiiiiiiiiiiii faut penser à changer les gamins d’école, oui encore oui « ). Ils font le repas, regardent l’horloge 25 fois en priant pour que 20h arrive vite, mais pas trop parce qu’il y a encore plein de trucs à caser avant le repas et le coucher, etc etc.

 

La vie normale non ? Avec des courses ouais, comme les autres, un chariot et faut remplir, avec des activités, ouais, avec des pleurs, avec des étripements, avec des joies, des rires, des bêtises.

Ni plus ni moins que les autres familles, juste peut être plus longtemps et encore …

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Avant j’avais des projets, maintenant j’ai des enfants !

Mes enfants, tu le sais, je les adore. Oui je les aime de tout mon coeur. Tout le temps. Sauf entre 18h30 et 21h. 

Je les aime encore, qu’on soit d’accord. Juste, c’est le creneau horaire le pire qui soit.

L’apocalypse guette, se tapie dans le moindre recoin, prête à surgir quand tu as déjà l’impression que tu ne peux plus rien gérer de plus.

 

Entre 18h30 et 21h, j’entends à peu près 1 000 000 de fois  » mamannnnnnnnnnnn » sur tous les tons. Plaintif, demandeur, interrogateur, en pleurs, en larmes, en hurlements, en demande de justice.

Et comme j’ai un bébé tout ce qu’il y a de plus normal ( oui je tiens à le souligner régulièrement) elle aussi  deteste le 18h30. Alors elle le dit, avec ses mots à elle. Qui sont pour un bébé de 4 mois, des hurlements à n’en plus finir.

Et jamais tu n’as le droit de craquer. Même quand t’en peux plus. 

En boucle tu chantes  » resistessssssssssssss, prouve que tu existesssssssssssss, cherche ton bonheur partout, va, bats toi… » Etc …

Généralement arrivé à « cherche ton bonheur partout », t’as fortement envie d’aller voir ailleurs s’il s’y serait pas planqué. A tous les coups, il est ailleurs.

Parfois à 18h30, quand l’homme est rentré, je prends la poudre d’escampette, pretextant une course plus ou moins bidon au carrouf du coin. Et là je regarde les autres parents avec leurs adorables bambins. Chacun soufflant, se posant l’ultime question « mais qu’est ce qu’on mange ce soir…J’ai aucune idée…Des pâtes ? Non, des pâtes ça craint, ça fait 4 jours que j’en fais. »

Les adorables bambins courant autour du caddie, se battant, suppliant des yeux d’aller voir le rayon jouets  » s’il te plait, s’il te plait, s’il te plait ».

 

J’aime voir les autres, parce qu’à ce moment JE NE PARTAGE PAS LEUR DETRESSE ! Je l’ai refilé à quelqu’un d’autre. Et je me sens bien mais bien. Je sais que j’aurais mon lot en rentrant, mais là à l’instant T personne ne sait que j’ai 4 enfants transformés en monstres à poils longs qui attendent de pied ferme mon retour et vont commencer par me sauter dessus en m’arrachant les sacs des mains pour vérifier que j’ai bien acheté les kinder maxi.

 

Ce soir, je voulais faire des crêpes, c’est normal c’est la chandeleur.

J’ai préparé ma pâte avant d’aller récupérer les enfants, en me disant que dans la joie et la bonne humeur, je ferai sauter les crêpes dans une cuisine remplie d’enfants riant devant mes capacités maternelles délirantes. De jolies images hein !

La vérité ? Valentine a dû pleurer 25 fois depuis qu’on est rentré, dont une très très fort quand elle s’est cogné l’oreille contre la porte de la cave (???). Maïa et elle se sont disputées, à peu près autant de fois, source généralement des pleurs de Valentine. Maïa est discrète, mais peut être fort perfide. Si si si. Cette gamine est une manipulatrice née.

Ninon m’a répété à peu près 3 fois le verbe partir au passé composé quand je lui demandé le verbe aller ! Nan mais je la sens bien l’évaluation de demain.

3 secondes après le passé composé on enchainait sur le sens ou le sens figuré avec Maïa, le tout en faisant les crêpes, redonnant sa tétine à Juliette, surveillant les mains de Valentine près de la poele puisqu’il semblerait qu’elle ne ressente pas la chaleur et donc s’est déjà brûlé 2 fois très fort. 

 

Puis 18h30 est arrivé. 18h30. Et Juliette a hurlé. Beaucoup. Je l’ai alors mise au bain, ça la calme. Le temps du  bain. Après elle hurle encore. Alors je l’ai mise dans son lit, avec son mobile qu’elle adore et sa tétine. Et elle s’est endormie. Alors Valentine a voulu vérifier. Alors Juliette s’est réveillée. Et a hurlé. Et j’ai remis le mobile en route. Un mobile « manuel ». Pas un à télécommande qui tourne 10 minutes. Nonnnnnnnnnn, un avec la boite à musique avec la petite molette que tu tournes. Et je me suis pété un ongle. Mais on s’en fout. 

Là il est 19h30. J’ai fais le quart des crêpes. Juliette semble s’être rendormie. Valentine ne pleure pas. Maïa et Ninon ont l’air de jouer calmement. L’homme va donc rentrer et se dire qu’elle est quand même vachement cool sa famille et que de l’extérieur on dirait qu’il y a 4 enfants là dedans !!!

 

Heureusement que parfois je lui refile le 18h30 hein ! Faudrait quand même pas qu’il pense qu’on vit dans le cosby show !!!

 

Je vais aller finir mes crêpes moi !